Choix de jeux sérieux pour l’éducation au développement durable et à la question de l’eau

En se fondant sur la sélection thématique de jeux éducatifs pour l’éducation au développement durable présente sur éducasources, on a déjà accès à un nombre de ressources de qualité sur cette question. Cette collection sera enrichie par d’autres ressources présentes en fin d’article.

La première ressource commentée sera un site de l’agence de l’eau Rhin-Meuse. Cet espace junior propose plusieurs animations et deux jeux sérieux accessibles directement dans le navigateur. Le premier, appelé « La cascade », a pour objectif de nettoyer une rivière. Le joueur doit intercepter des déchets alors qu’il est placé sur un pont enjambant une cascade. L’intérêt du jeu est très faible et pourra divertir l’élève durant un bref moment en le sensibilisant au respect de l’environnement et notamment à la question de la pollution des cours d’eau. Il pourra servir en cycle 2 ou en cycle 3 d’introduction à une activité sur la pollution des cours d’eau présents dans l’environnement de l’élève, activité qui pourra donc être fondée sur des notions de géographie et une sortie pour sensibiliser les élèves à cette question. L’agence de l’eau Rhin-Meuse fonde une partie de sa stratégie pédagogique sur ces sorties à la découverte de l’environnement des élèves qui permettent de les sensibiliser concrètement en complément de l’utilisation des animations du site. A défaut de sortie une vidéo sur les zones humides est disponible sur le site avec un accent mis sur la biodiversité et les conflits d’usage à propos de ces territoires.

Le second jeu intitulé « Le défi d’Hector » est plus intéressant dans la mesure où l’avatar du joueur est un enfant qui dans une maison doit trouver les bonnes actions à faire pour protéger l’environnement et limiter la pollution ou le gaspillage de l’eau. Chaque action réalisée automatiquement en cliquant sur une partie du décor de la maison est associée à une bulle comportant un texte de 300 caractères. Ce jeu est donc plus adapté à des élèves maîtrisant la lecture; avec des élèves débutants en lecture un effet de saturation pourrait se produire avec un joueur qui passerait beaucoup plus de temps à déchiffrer les bulles qu’à se déplacer dans la maison. On peut conseiller ce jeu pour le cycle 3 et la classe de 6e. Une activité d’expression écrite pourrait permettre de valoriser l’apport de ce jeu sérieux pour ce qui est de la promotion des bonnes pratiques en matière de développement durable. Après une séquence de jeu de 10 à 15 minutes, il serait envisageable de demander aux élèves de restituer par écrit les bonnes pratiques en organisant une liste structurée par le plan de la maison. On peut réaliser ce travail préparatoire écrit dans l’optique d’une restitution orale sous forme d’exposé ou dans l’optique de la constitution d’une liste au tableau par le biais d’un travail collaboratif du groupe classe. On peut aussi demander aux élèves de lister les actions liées au gaspillage de l’eau ou bien de faire la liste des polluants potentiels pour l’eau rencontrés dans la maison. Une extension en dehors de la classe peut être demandée aux élèves en devoir à la maison : vérifier la présence de ces polluants et les bonnes pratiques correspondantes dans le foyer de l’enfant. Des prises de vue, des interviews sonores, des séquences filmées pourraient être demandées à l’élève afin qu’il restitue son travail d’enquête dans sa maison, son quartier, auprès des membres de sa famille et de son voisinage. A savoir également que les animations du site permettent de traiter plus spécifiquement des thèmes comme la présence de l’eau dans l’organisme ou la pollution à travers le cycle de l’eau ou l’approvisionnement en eau. Enfin, sur ce même site, un module de quizz permet de vérifier ses connaissances sur l’eau, les animaux et les zones humides.

La deuxième ressource présentée dans la sélection thématique éducasources est disponible en français mais aussi en espagnol et en anglais. Cette ressource est produite par l’Unicef et s’intitule « La voix des jeunes : protégeons l’eau ».  Elle est accessible directement dans le navigateur. Il s’agit d’un module elearning scénarisé et non pas d’un jeu sérieux à proprement parler. Des écrans avec des zones de texte se succèdent pour immerger le joueur dans une histoire délicate. Suite à une catastrophe, un village d’un pays en voie de développement subit une inondation et l’avarie de sa seule pompe à eau. D’autres questions annexes sont traitées comme la pollution de l’eau par les déjections humaines, la question du choléra et la nécessité par exemple de construire des latrines pour l’école. Le joueur dispose d’une valise qui lui permet de faire des prélèvements d’eau ou de repérer une source d’eau ou encore d’autres actions qui sont décrites par le biais de fichier .pdf comme celui-ci. Ce module elearning peut donc recouvrir quatre buts pédagogiques. Dans un premier temps il permet de comprendre la nécessité de préserver l’eau puisque dans certaines parties du globe cette denrée est plus rare et précieuse que dans les pays développés. Ensuite cela permet également de comprendre quelles sont les opérations permettant de s’assurer d’un approvisionnement en eau potable. La thématique du développement en général est croisée avec celle du développement durable en présentant les étapes nécessaires à une communauté villageoise pour assurer sa survie et envisager sa prospérité. Enfin, ce module introduit aux métiers de technicien dans des ONG : plusieurs personnages font état de leur spécialité dans les domaines de l’eau. La difficulté de ce module elearning scénarisé ne permet pas de l’exploiter en deçà du niveau 6e et encore il faudra s’assurer que les notions et les enjeux constitutifs du jeu sont bien compris par l’élève. Cette ressource peut donc à la fois trouver sa place dans un cours de géographie sur les inégalités de développement ou sur la question de l’eau, dans un cours de langue en anglais et en espagnol ou en histoire-géographie DNL anglais ou espagnol, dans un cours d’orientation professionnelle sur les métiers du secteur de l’eau ou des ONG mais bien sûr et avant tout dans un cours d’éducation au développement durable. Une séance efficace pourra être construite par la mise en parallèle de cette ressource avec une étude de cas traitant par exemple d’une épidémie de choléra : le site de l’Unicef en français pourra fournir plusieurs études de cas en Ouganda, au Cameroun ou au Pakistan si le mot clé choléra est utilisé dans le moteur de recherche du site. Les dialogues lus et les actions menées dans le jeu permettront à l’élève de mieux analyser l’étude de cas qu’il lui sera présentée en regard. La ressource étant utilisable par l’élève en autonomie on peut également lui demander de jouer à la maison en perspective d’un travail sur une étude de cas en classe.

Une troisième ressource de la sélection thématique éducasources est destinée aux élèves des cycle 2 et 3. Elle est intitulée « Une journée au fil de l’eau ». Elle est accessible directement dans le navigateur. Elle a été réalisée par l’Institut National de la Consommation avec le partenariat du groupe GDF-Suez. Ce n’est pas un jeu publicitaire puisque le groupe GDF-Suez n’apparaît que dans les mentions légales et le dossier de presse. L’avantage de ce portail est son niveau de finition graphique qui séduira les élèves. Trois avatars principaux, Robby, un robinet, Clara et Noé, deux jeunes enfants, vont accompagner le joueur. Dans le premier jeu, il s’agit de comprendre la place de l’eau dans l’organisme et la nécessité de boire avec comme support le jeu classique « Pipe Mania » fondé ici en plus sur une notion d’appariement. Dans le deuxième jeu, il est question de pollution et de gaspillage de l’eau dans la cour de récréation. C’est un principe de jeu similaire au défi d’Hector cité plus haut. Dans le troisième jeu il est question de la présence de l’eau dans les aliments avec un classement a effectué en « drag and drop » avec un principe basique d’appariement entre un aliment de cantine et sa composition en eau approximative exprimée en pourcentage. Le quatrième jeu est inspiré de Pac Man et il faut récupérer des bouteilles d’eau en courant dans un parc. Le cinquième jeu est un quiz. La ressource est donc assez pauvre d’un point de vue pédagogique et l’enseignant devra construire un contexte fort pour pallier la superficialité des dialogues et des situations qui font souvent appel à l’impératif moral. Heureusement cette campagne de sensibilisation est accompagnée d’un livret pédagogique très fourni qui propose des fiches support pour la classe et des activités. L’enseignant pourra donc mettre en relation le portail de jeu et le kit pédagogique même si les deux ressources sont autonomes et difficiles à lier. On peut cependant imaginer que l’élève découvrira le jeu à la maison et préparera une restitution écrite ou orale pour la classe. A savoir que les exercices du kit pédagogique couvrent différentes matières avec dans tous les cas un contexte lié à l’eau.

« L’eau dans tous ses états » produit par Curiosphère.tv est une animation interactive ludo-éducative qui est au final très peu ludique. Elle est disponible directement dans le navigateur. Il ne s’agit pas ici de préserver l’eau mais uniquement de comprendre les changements d’état de l’eau et le cycle de l’eau. Cette ressource est adéquate pour le programme de 5e en sciences physiques mais également pour le cycle 3. Les graphismes sont plaisants et l’interaction bien pensée. La ressource a des qualités pédagogiques et didactiques indéniables. Il suffira de la compléter par une reformulation des acquis espérés demandée à l’élève : ce peut être un quiz ou la réalisation d’un croquis. Le bouton d’aide et l’accessibilité de la ressource permet à l’enseignant de demander aux élèves de découvrir la ressource à la maison dans l’optique d’une restitution ou d’une évaluation en classe. Même s’il ne s’agit pas d’un jeu sérieux à proprement parlé, elle est citée dans cet article du fait de son abord très simple pour l’élève comme pour l’enseignant. De plus, cette ressource peut servir de support pour aborder la question de la pollution de l’eau et de son caractère dramatique du fait justement de la circulation cyclique de l’eau. Une autre ressource du même type aux graphismes plus humoristiques mais à l’abord plus difficile, car plus touffue, est disponible sur le site de météo France et permettra de réitérer une activité sur le cycle de l’eau voire de l’approfondir : il s’agit du portail « A la découverte du cycle de l’eau ».

« Polu-Palo » est un jeu développé par l’agence de l’eau Seine-Normandie. C’est un jeu flash qu’il faudra au préalable télécharger et installer en décompressant une archive zip. Il s’agit d’un module elearning scénarisé avec des quiz et des exercices d’appariement. Certains quiz prennent la forme de dialogues ou de vidéos interactives. Le jeu commence par une présentation des différents spécialistes et acteurs de l’eau tels que le responsable de l’agence, le maire, le préfet, la scientifique, l’industrielle… Deux études de cas sont présentées et concernent une même commune. Dans la première, le joueur doit mener l’enquête concernant une crise grave : la rivière est polluée. Dans la deuxième, le joueur est confronté à une sécheresse et doit tenter d’y remédier en évangélisant les habitants de la commune afin de leur inculquer les bonnes pratiques en matière de consommation d’eau. Un dossier complémentaire permet à l’enseignant d’accéder à des ressources didactiques. Un rappel est même fourni concernant les points des programmes officiels concernés par ce jeu sérieux. L’élève dispose d’une feuille d’évaluation accessible avant de quitter le jeu. Intégrer cette ressource dans une séquence pédagogique est une gageure pour la bonne et simple raison que la ressource est fermée, rigide et autonome que ce soit pour l’évaluation ou la validation des acquis. Un tuteur est même disponible dans le jeu sous la forme d’un livre. La seule situation envisageable est la mise en perspective des deux études de cas factices proposées par le jeu avec une autre étude de cas issue de la vie réelle er encore mieux située dans l’environnement géographique de l’élève. Comme pour le titre proposé par l’Unicef, le jeu sérieux guide l’élève pas à pas tout au long d’une étude de cas qui est archétypale. Cet accompagnement est pertinent dans la mesure où les études de cas du jeu sont situées dans un contexte riche et que la solution apportée n’est pas simpliste mais systémique : pour régler la question de la pollution par exemple, il faudra repérer la source, c’est-à-dire un accident industriel, mais également diminuer le taux de nitrate en mobilisant les agriculteurs et sensibiliser les habitants sur les décharges sauvages et les détritus aperçus sur les berges. A travers cet accompagnement des connaissances et des outils d’analyse sont livrés au joueur durant la phase de jeu et il est possible d’exploiter cette livraison en la transposant dans une étude de cas plus complexe. Etant donné la nature de la ressource, une utilisation autonome à la maison peut être demandée aux élèves avant l’étude de cas issue de la vie réelle qui sera réalisée en classe. Selon cette étude de cas parallèle on pourra proposer cette ressource pour des élèves de cycle 3, de 6e ou de 5e. Le ton des acteurs comme l’ambiance sont légèrement caricaturaux et risquent de démotiver des joueurs plus âgés ce qui fera perdre l’avantage primordial d’une ressource se voulant ludique. Les thématiques abordées sont au final assez diverses. On peut ainsi apprécier la nature du pouvoir et des actions du scientifique, du préfet ou du maire : cet axe pourra être privilégié en éducation civique notamment dans le cadre du point du programme de 6e sur la commune. On pourra travailler sur les conflits d’usage et les différents besoins en eau des habitants, pêcheurs, industriels, agriculteurs pour aborder des problématiques plus géographiques ou la question de l’eau en géopolitique et en aménagement du territoire. C’est surtout en éducation au développement durable que toutes les dimensions de la ressource pourront être exploitées.

En dehors de la sélection thématique proposée par le site éducasources, il existe d’autres ressources intéressantes comme par exemple « Haya ». Disponible directement dans le navigateur, Haya est peut-être le seul titre de cette sélection qui mérite véritablement le titre de jeu sérieux. Pour des questions de compatibilité il vaut mieux utiliser Firefox avec ce jeu. C’est l’œuvre du studio Kaïlis. C’est un jeu qui a été développé et prescrit dans le cadre de la semaine du développement durable. Son déploiement a été réalisé en partenariat avec la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement de la Région Limousin. Le jeu est à la fois poétique dans sa forme et très intéressant pédagogiquement par le détournement d’un gameplay classique de type « shoot them up » au profit de la question de l’eau. Il s’agit de parcourir un désert en incarnant une petite abeille qui traîne derrière elle une bulle emprisonnant une marre d’eau claire avec des têtards en prime. La chaleur du désert et la rareté de l’eau nécessite de mettre au point une stratégie de gestion de la ressource pour pouvoir alimenter l’abeille afin qu’elle poursuive sa progression tout en sauvegardant un niveau d’eau suffisant dans la bulle-marre pour permettre aux têtards de survivre. Il faut éviter des obstacles en mesurant sa vitesse car allait trop vite durant la journée entraîne une dépense en eau pour satisfaire les besoins de la locomotive-abeille mais ne pas aller assez vite et donc mettre trop de temps pour finir le parcours sous la fournaise diurne expose le joueur au risque d’évaporation de ses ressources en eau. Cette ressource permettra donc d’envisager plusieurs séances pédagogiques pour des élèves de cycle 1 ou 2 selon le niveau de lecture, de prise de conscience et de restitution écrite ou orale demandé à l’élève. Elle peut être intégrée dans un cours sur la rareté de l’eau en milieu aride. Elle peut être intégrée sur un cours en rapport avec l’importance de l’eau pour l’entretien de la vie, par le biais de l’exemple de l’abeille, des têtards ou du joueur contrôlant ce dernier avatar qui en tant qu’être humain doit s’alimenter en eau pour survivre. Cette ressource peut être également propice à l’introduction d’un cours sur la nécessité de préserver nos ressources en eau ou bien elle permettra aux jeunes élèves de comprendre que cette ressource n’est pas inépuisable par une mise en relation de cette ressource avec des images représentant les conséquences d’une sécheresse ou du développement des zones arides et désertiques à l’échelle du globe. Une contextualisation de la ressource à l’aide de textes et de témoignages sur la vie des enfants en zone aride pourrait être pertinente. On peut aussi imaginer de conduire une critique de ce média avec des élèves de cycle 3, de 6e ou de 5e : il suffira par exemple de leur demander, après une étude de cas sur la sécheresse d’analyser le jeu Haya et d’exposer quel est le message porté par ce jeu. Ce recul critique permettra de développer une éducation aux médias et à l’image animée tout en approfondissant et en mettant en perspective une étude de cas.

« Water Busters » est promu par la commune de Seattle. C’est une ressource qui n’est disponible qu’en anglais. C’est un véritable jeu sérieux dans la mesure où l’avatar doit résoudre des énigmes en collectionnant des objets et indices pour lutter contre les gaspillages dans sa propre maison en éduquant notamment les membres de sa famille. On se rapproche d’un jeu du même type que le défi d’Hector qui a été présenté en début d’article. Il s’agit de se promener dans différentes pièces et par le biais de clicks ou d’actions de « drag and drop » de remplir des « challenges » en temps limité. Le temps limité à une dizaine de minutes permettra à l’enseignant de bien calibrer sa session de jeu dans sa séance. En anglais, cette ressource peut être un support pour des activités de compréhension écrite mais aussi pour des activités de pratique langagière écrite ou orale. Le dispositif de restitution exposé plus haut pour le défi d’Hector est également pertinent pour cette ressource. On peut demander aux élèves de faire une petite synthèse à l’écrit ou à l’oral en anglais des actions à poursuivre pour éviter le gaspillage d’eau à l’échelle de la maison entière ou d’une pièce. Un lexique particulier, lié à la maison en général et à la plomberie en particulier, est explicité dans différentes bulles. Après une session de jeu des mots comme « mitigeur », « filtre », « syphon », « arrosage automatique » seront facilement traduisibles en anglais. En complément on peut pousser l’élève à réaliser une enquête similaire à son domicile : l’élève devra rendre compte de son audit en anglais et donner des solutions pour imposer les bonnes pratiques en matière de développement durable à la maison.

Une autre ressource, toujours en anglais, mérite d’être citée du fait de son originalité. Il s’agit d’un jeu sérieux intitulé « Catchment Detox« . Même si le jeu est en anglais, il s’agit d’un type voisin du « city builder » et par conséquent une utilisation avec des élèves non anglophones n’est pas à écarter. Ce jeu est promu par l’Australian Broadcasting Corporation avec le soutien d’autres partenaires : le secrétariat d’état australien à l’innovation, la semaine nationale australienne de la science, l’agence nationale australienne de l’eau, le groupe de recherche australien sur l’eau et les territoires. Ce consortium démontre l’importance de la question de l’aridité, de la désertification et de la gesion des ressources en eau pour le gouvernement australien. Le principe de jeu est assez simple. Il faut développer économiquement une petite région avec des formes similaires à la « Sim City » puisqu’il est possible d’ajouter des usines, des conserveries, des resort touristiques, des exploitations agricoles, des parcs… Toutes ces constructions apportent des revenus mais consomment plus ou moins d’eau. En effet on peut choisir de construire différentes versions de chaque construction qui sont plus ou moins économes en eau sachant que plus l’économie est importante plus le prix de la construction est élevé. Après chaque tour, les réserves d’eau sont plus ou moins importantes selon le niveau des pluies. Si l’eau manque les revenus apportés par l’industrie et l’agriculture sont faibles. En investissant dans la recherche on peut augmenter la collecte des eaux de pluies. On peut également limiter la consommation en eau par des actions de restriction d’ordre politique. Le système simulé par ce jeu sérieux est donc à la fois complexe et complet. Dans le calcul du score, plusieurs éléments rentrent en ligne de compte comme la population de la petite métropole abritée par la région dont le joueur est responsable ou encore la biodiversité de cette région : il faudra donc allier développement économique pourvoyeur de population et présence de parcs et forêt sauvegardant la diversité des espèces. Le nombre des problématiques abordées par le jeu sérieux est impressionant car par exemple, si l’irrigation permettra d’augmenter la productivité des exploitations en limitant la consommation, une irrigation prolongée aura pour conséquence l’augmentation de la salinité des sols et donc à termes une réduction drastique de la productivité agricole du territoire concerné. Au vu de la richesse de la ressource il sera difficile de l’utiliser en dehors du cadre de l’éducation au développement durable. Dans ce contexte pédagogique elle permettra d’enrichir considérablement les savoirs apportés à l’élève qui sera en situation de prendre des décisions importantes qui favoriseront la compréhension et la mémorisation de ces savoirs. Cependant la fidélité de la ressource au problématiques de l’Australie en matière de gestion des ressources en eau permettra d’utiliser « Catchment Detox » dans le cadre d’un cours d’histoire-géographie en DNL anglais : l’importance donnée à l’agriculture, à l’industrie agro-alimentaire et au tourisme, la question de la biodiversité ou la nature du consortium supportant la ressource permettra à l’enseignant de présenter certains caractères spécifiques de l’Australie, de son économie et de son territoire.

Une dernière référence, en anglais toujours, permettra de traiter la problématique de l’eau, de manière allusive, mais systémique, dans une perspective économique, écologique et politique. En effet, dans Climate Challenge, vous incarnez le président de l’Europe et vous essayez de mener une mission ambitieuse : réduire à zéro les émissions de CO² de l’Europe à l’horizon d’un siècle. La question de l’eau se pose puisque vous devez la traiter, l’importer et cela a un impact sur l’environnement. Si vous faites le choix de ne pas investir dans une usine de désalinisation pour des questions environnementales, vous allez devoir importer de l’eau et cela vous coûtera cher sans oublier l’impact environnemental que produit le transport. Ce jeu sérieux est complexe et propose à l’élève un lexique particulier lié aux sciences politiques. Cependant il conviendra dans un cours d’anglais de lycée, première ou terminale, pour traiter la question des politiques publiques confrontées à la nécessaire réduction de nos émissions en gaz à effet de serre. On peut imaginer de demander aux élèves de mener en groupe une partie collaborative en justifiant par écrit ou à l’oral leur choix. Les stratégies de jeu sont de type gestion. Il faudra garder une bonne popularité tout en développant les ressources en énergie, eau, nourriture du pays et en s’assurant également que le budget reste équilibré. Dans les activités languagières il sera donc nécessaire pour l’élève de manipuler un vocabulaire du type, « trop », « pas assez », « plus que », « diminuer », « augmenter », « équilibrer », « subventionner », « restreindre », « encourager », « développer », « investir »… et cela en relation avec des politiques publiques dont le vocabulaire lié doit être maîtrisé par l’élève pour lui permettre de développer sa culture citoyenne en langue anglaise grâce aux médias des pays anglophones. L’entreprise Red Redemption, à l’origine du jeu, produit un travail sérieux dans le domaine de l’éducation au développement durable, cependant, le jeu, très populaire dans les établissements scolaires anglophones, n’a pas fait l’objet d’une co-édition avec un organisme scientifique ou une institution en charge des questions d’éducation au développement durable. Le jeu bénéficie cependant de la caution de la BBC. Il n’y a pas à ma connaissance d’erreurs rédhibitoires ou de partis pris idéologiques dans ce jeu. L’entreprise Red Redemption lancera d’ailleurs à la fin de l’année un jeu de stratégie globale sur le développement durable appelé Fate of the World.

À propos de Julien Llanas

Chargé de mission dans l'académie de Créteil, responsable du suivi et du développement des pratiques pédagogiques intégrant les technologies du jeu vidéo et de la 3D
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Une réponse à Choix de jeux sérieux pour l’éducation au développement durable et à la question de l’eau

  1. Bonjour!
    Je suis animateur et formateur en éducation au développement durable et à al solidarité internationale. Votre note est passionnante. Nous travaillons également à l’édition d’outil pédagogique et l’idée de développer des jeux vidéo autour des enjeux et des valeurs dans lesquels nous souhaitons nous inscrire nous a toujours intéresser mais cela nous paraissait impossible! Et bien je vois qu’il existe quantité de jeux vidéos, je vais aller découvrir ces outils!
    Merci

    Jérôme Martin
    Orcades

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